Historique


La décision d’entreprendre la création d’une exploitation de dix hectares de vignes dans la région namuroise a demandé une étude et une analyse approfondie de tous les facteurs déterminant la viabilité d’un projet d’une certaine envergure sur le plan financier et technique. 
Ce sont les résultats principaux de ces recherches qui sont présentés dans ce mémoire, avec l’espoir qu’il apportera quelques informations intéressantes à tous ceux que la vigne et le vin passionnent.

Les vignobles d’autrefois en Wallonie

Comme l’attestent les très nombreux villages, lieux-dits et chemins de nos contrées qui évoquent une activité viticole,(Bouvigne, Vinalmont, Vignée, Ferme du stordoir, Vigneroule, etc) on sait que la culture de la vigne a existé en Belgique pendant plusieurs siècles dans des proportions importantes. L’âge d’or de cette viticulture se situe entre le 13ème et le 16ème siècle.
Sa disparition lente va débuter dès le 16ème siècle suite à des minis périodes glacières d’une dizaine d’années provoquant un refroidissement général du climat. Cela s’est manifesté par des hivers extrêmement rigoureux et des étés pourris à l’origine des terribles famines. Les paysages neigeux peints à cette époque par Pieter BRUEGEL témoignent de cette rigueur inconnue de nos jours
En fait, avec les guerres qui ravageaient de plus nos contrées, c’est essentiellement le manque de rentabilité de cette culture très exigeante en main d’œuvre qui a peu à peu forcé les cultivateurs à arracher leurs vignes et à se tourner vers des activités plus lucratives ou tout simplement plus alimentaires. 
D’autre part, dès la fin du 18ème siècle, le développement de nouveaux moyens de transport permettant l’arrivée des vins des régions méridionales moins chers (car moins difficiles à produire) et probablement de meilleure qualité, a accentué cette désaffection. On voit disparaître les derniers témoins d’une viticulture paysanne wallonne au milieu du 19ème siècle (1856) au moment de l’arrivée des maladies cryptogamiques.
La viticulture actuelle dans nos contrées

En Région Wallonne

Signalons d’abord l’existence d’un vignoble situé sur les coteaux escarpés de la rive gauche de la Meuse, à HUY, (Le CLOS BOIS MARIE) qui revendique une continuité quasi-ininterrompue du 13ème siècle à nos jours. Sa surface est relativement réduite mais la qualité des vins qui y sont produits est généralement d’un très bon niveau. Il existe également, dans notre région, beaucoup de petits vignobles créés comme passe-temps ou dans un but folklorique. Le secrétariat de la Fédération des Vins belges et Spiritueux a constitué un dossier qui rassemble toutes les informations relatives à ces productions (JEMEPPE S/MEUSE, THOREMBAIS-LES-BEGUINNES, TORGNY, TRAZEGNIES, JAMBES, VILLERS-LA-VILLE, etc..).

En Région Flamande

Chez nos voisins du Nord, la viticulture est plus importante puisqu’elle représente une superficie globale de + ou - 50 hectares pour une production moyenne annuelle de 2.000 hectolitres. Avec l’aide technique de la F.B.V.S., le gouvernement flamand a finalisé la création de 2 appellations d’origine contrôlée : « Hageland » (Brabant flamand) en 1997 et Haspengouw (Limbourg) en 1999 dont le succès va grandissant avec un accroissement constant des surfaces plantées.

En Hollande

Dans les faubourgs sud de Maastricht, un horticulteur a créé en 1970 un vignoble de 7 hectares (Apostelhoeve) qui produit 70.000 bouteilles de vin blanc dans le style luxembourgeois. Ces vins sont de bonne qualité et jouissent d’une excellente réputation parmi les oenophiles néerlandais.
Plus récemment, en 1998, est né un vignoble de 2 hectares à WAGENINGEN dans les environs d’ARNHEM au bord du Waal. Sa motivation est nettement biologique avec la plantation majoritaire de cépage REGENT. Un site existe sur Internet :www.wijngaardwageningseberg.nl

Les grands fléaux de la vigne

Au 19ème siècle, 3 calamités venues d’Amérique ont frappé le vignoble européen au point d’en menacer l’existence. Le plus dévastateur est le phylloxéra, apparu en Europe en 1864. C’est un insecte dont la larve dévore les racines des vignes « vitis vinifera » (non greffées à cette époque). Sans la découverte de la résistance des variétés sauvages américaines à ce parasite et l’utilisation de celle-ci comme porte-greffes pour les variétés traditionnelles, rien n’aurait pu sauver ces dernières d’une disparition totale.
Les deux autres désastres sont les maladies cryptogamiques : l’Oïdium et le Mildiou,(peronospora et plasmospora) apparus respectivement en 1846 et en 1878. Ce sont des champignons microscopiques qui détruisent la végétation et les fruits des plantes sensibles dès qu’existent des conditions climatiques adéquates (chaleur et humidité).
Conservatisme et protectionnisme
Face à toutes ces misères, dès la fin du 19ème siècle, des botanistes français (SEIBEL, KUHLMAN, SEYVE-VILLARS) ont eu l’idée de créer de nouvelles variétés de vignes, obtenues en croisant (*) les cépages « Vitis Vinifera » (*) avec des espèces botaniques américaines dont ils avaient observé la totale résistance au parasite et aux maladies. Le but de ces recherches était de créer des variétés interspécifiques ou hybrides (*) possédant les qualités fruitières des premiers avec les propriétés de résistance des seconds.
Dès sa mise en place en 1935, les tendances traditionalistes du pouvoir viticole français (I.N.A.O.) ont peu à peu jeté le discrédit sur les travaux de ces chercheurs. Une majorité d’experts les ont décrétés sans intérêt et sans avenir étant donné la qualité soi-disant médiocre des vins obtenus à partir de ces premiers croisements appelés hybride producteur direct du fait de leur invulnérabilité au phylloxéra qui permettait la plantation de boutures sans greffage. Dès la fin de la 2ème guerre mondiale, les autorités vitivinicoles françaises encouragèrent l’arrachage de la plupart les plantations d’interspécifiques avec des prime de dédommagement. On ne peut s’empêcher de s’interroger sur le bien fondé d’une telle politique lorsqu’on sait que plusieurs variétés interspécifiques créées à l’époque et proscrites comme le SEYVAL, le BACO et le SAINT LAURENT, sont cultivées actuellement au Canada et dans le Nord Est des USA avec beaucoup de succès et à la grande satisfaction des consommateurs locaux.
En réalité, comme la quasi-totalité du vignoble français se situe au sud du 48ème parallèle, les décideurs de l’époque ont estimé que les conditions climatiques y étaient suffisamment favorables pour permettre la culture des cépages traditionnels avec le développement des fongicides (comme le souffre et le sulfate de cuivre). Dans l’interdiction de l’usage des interspécifiques pour la production des vins A.O.C et dans l’arrêt des recherches dans ce domaine, ils ont cru détenir le moyen d’assurer définitivement aux pays du sud de l’Europe un quasi-monopole de la production de vins rouges avec des cépages fragiles dont la maturité étaient plus qu’incertaine sous les automnes des 49ème et 50ème parallèles.
Ce conservatisme d’intérêt s’est avéré moins payant que prévu car, en réalité, au cours du demi siècle qui s’est écoulé depuis lors, les vignes sont devenues de plus en plus vulnérables aux maladies dont les souches se sont avérées de plus en plus résistantes aux traitements les plus sophistiqués, même dans les régions méridionales. Leur protection nécessite l’usage de plus en plus fréquent des fongicides classiques ou de nouveaux produits de synthèse plus efficaces, certes, mais avec toutes les risques que ces traitements peuvent présenter pour l’environnement ou pour l’intégrité des produits.
Ce n’est par ailleurs un secret pour personne que la France vitivinicole subventionne largement des recherches dans le cadre de l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) en vue de créer des cépages génétiquement modifiés possédant le (ou les) gène(s) de résistance aux maladies fongiques. On est en droit de se demander si cette approche est plus respectueuse des valeurs traditionnelles du patrimoine ampélographique que la méthode ancestrale du croisement à laquelle nous devons une large part de notre alimentation
En Allemagne, la majorité des vignobles sont situés au nord du 48ème parallèle. Aussi, à l’inverse de la viticulture française, les autorités viticoles allemandes ont attaché le plus grand intérêt à la poursuite des recherches ampélographiques (*) car elles y voyaient une possibilité d’améliorer considérablement la viticulture dans les régions septentrionales.
Dans cette optique, elles ont créé, dès la fin de la 1ère guerre mondiale, une dizaine d’instituts viticoles, répartis dans toutes les régions de production de l’Allemagne, avec pour mission de poursuivre les recherches de nouvelles variétés mieux adaptées aux exigences climatiques, techniques et organoleptiques (*)
En 1996, ces recherches ont abouti à la classification, par l’Etat allemand, de  nouveaux cépages dans la famille « Vitis Vinifera S.P.P. Sativa ». Ces cépages, qui ont été créés entre 1960 et 1975, sont dès lors officiellement « anoblis » c’est à dire juridiquement et techniquement admis dans la liste des cépages « nobles » autorisés à produire des Qualitätswein (Appellation d’origine contrôlée allemande)
Cet anoblissement ou classification a été notifiée par l’Etat allemand à la Commission Européenne qui en a confirmé l’effectivité au niveau de l’Union Européenne
Il s’agit d’une véritable révolution dans l’histoire de la viticulture car elle ouvre une brèche dans «l’intégrisme» ampélographique prôné par les Français. Le « REBSORTENAMBT » a justifié cette décision par le fait que, sur le plan organoleptique, les classements obtenus par les vins issus de ces nouvelles variétés classifiées dans des dégustations comparatives à l’aveugle se sont avérées, pendant plusieurs années, égaux ou supérieurs à ceux des vins produits à partir de cépages dit nobles ou traditionnels. De plus sur une base taxonomique (*) il n’existe pas de différence entre un nouveau « vitis vinifera » et un « vitis vinifera » classique.
Outre la possibilité pour les régions proches du 50ème parallèle de produire régulièrement des vins rouges fruités, colorés et savoureux, ceci offre la perspective d’une viticulture plus saine et plus respectueuse de l’environnement.

Appellation d’origine

La faculté de donner une appellation d’origine géographique à une production vinicole lui confère une notoriété et une crédibilité plus grande auprès des consommateurs. Toute la politique et la réglementation vitivinicole de l’Union Européenne, (initiée par la France) est basée sur ce principe valorisant à tout point de vue.
La notion de terroir qui englobe bien d’autres éléments que le sol, tels que le microclimat et les facteurs humains (l’encépagement, les méthodes de culture, de vinification, etc.) justifiait de doter la production viticole wallonne de cet atout, tant sur le plan économique et commercial que touristique.
En 1996, la Région Flamande a créé une première appellation contrôlée « Hagelandsewijn » pour les 30 producteurs de cette région du Brabant flamand qui voisine Aarschot.
Toujours en Région flamande, 1999 voit la naissance juridique de l’appellation contrôlée « Haspengouw » couvrant une partie du Limbourg dans les environs de Riemst. C’est dans cette appellation que se trouve l’excellent et superbe « Wijnkasteel GENOELS ELDEREN » dont les vins se distinguent régulièrement dans des concours internationaux
Le 27 Mai 2004 le Ministre J.HAPPART signe le décret de la Région Wallonne officialisant l’existence de l’appellation contrôlée « Côtes de Sambre et Meuse » et de la dénomination géographique « Vin de Pays des Jardins de Wallonie »
L’étude et la rédaction des textes règlementaires ainsi que les procédures d’agréments pour toutes ces appellations ont été réalisées par la Fédération Belge des Vins et Spiritueux en collaboration avec le Service fédéral Economie qui est compétent en matière de réglementation vitivinicole belge et qui centralise tous les contacts entre l’Etat Belge et la Commission Européenne.
Etude de l’encépagement
Comme on l’a déjà souligné au début de cet exposé, les centres de recherches ampélographiques allemands ont atteint des résultats probants dans la création et la sélection de nouvelles variétés classées « vitis vinifera » mieux adaptées à nos conditions climatiques par leur résistance aux maladies, aux gelées printanières et par la durée de leur cycle végétatif. On trouvera en annexe un tableau où sont reprises les variétés qui ont été plantées au DOMAINE DU CHENOY.
Il se confirme, par ailleurs, que ce vignoble est répertorié par les centres de recherches vitivinicoles allemands au titre de producteur expérimental. Il possède, dès lors, la faculté de planter de nouvelles variétés en cours de classification avec toutes les potentialités futures que cela peut apporter.
C’est dans le cadre de cette expérimentation qu’ont été plantés, en 2004, 7.000 plants du cépage d’origine suisse PINOTIN et que seront plantés en 2005 4.000 plants d’un croisement de CABERNET-SAUVIGNON qui n’est pas encore baptisé.

CONCLUSION

Une activité viticole importante a existé dans le passé, en Belgique, malgré l’empirisme de la viticulture et le manque d’adaptation des variétés des vignes au climat. Les vignobles qui existent aujourd’hui, témoignent de la faculté d’y produire de très bons vins malgré la vulnérabilité de la plupart de cépages traditionnels vis-à-vis des maladies cryptogamiques (mildiou et oïdium).
Grâce aux nouvelles variétés sélectionnées par les instituts vitivinicoles allemands et classées « vitis vinifera » au niveau européen, une exploitation viticole d’envergure professionnelle est en mesure de produire de très bons vins rouges en Région Wallonne avec des perspectives de réussite et de rentabilité égales à celles des autres exploitations fruitières, dans une approche de culture raisonnée et sans utilisation excessive de traitements phytopharmaceutiques.
Voici enfin la voie ouverte à une innovation scientifique qui permet de concevoir, sous nos climats, une viticulture saine, écologique et qualitative et qui va bousculer un bon nombre d’idées préconçues a propos de viticulture.
Le vignoble du DOMAINE DU CHENOY ouvre donc des perspectives intéressantes en matière de recherche et de diversification horticole, d’emploi et de tourisme.
La recherche : la plantation d’un vignoble d’une certaine importance, avec différentes variétés nouvelles, va permettre d’étudier leur adaptation réelle aux conditions climatiques de notre région dans la perspective d’une diversification horticole rentable. Une collaboration constructive et amicale existe avec le Centre horticole de Gembloux dans la perspective d’une recherche intéressante. 
L’emploi : l’exploitation d’un vignoble représente annuellement plus de 200 heures/hectare de main d’œuvre auquel il faut ajouter les heures de vendanges et les travaux vinicoles. Cela représente un potentiel d’emploi non négligeable dans le contexte économique actuel.
Le tourisme : Sans prétendre transformer le paysage wallon, la présence de coteaux couverts de vignes y apportera un attrait supplémentaire générateur d’un tourisme de proximité. Il faut y ajouter l’intérêt et la convivialité que suscite la production vinicole sur le plan culturel et gastronomique.